Numéro thématique

 Numéro thématique & numéro varia / Térence Tho DEDE, Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, RCI /Armel Brice ZOH, École Normale Supérieure, Abidjan, RCI / « La rhizomatique tensive : théories, pratiques et (en)jeux »

 Le concept de « rhizomatique », emprunté à la botanique, découle du substantif « rhizome », lui-même dérivé du grec « rhidzôma » qui signifie « touffe de racines ». Le rhizome, en effet, est un assortiment de petites racines dépourvues de racine principale. Celle-ci se constitue à la surface de la terre sans toutefois emprunter la voie de la profondeur. Gilles DELEUZE et Félix GUATTARI, dans leur théorie philosophique, s’en inspirent pour créer les concepts de la « pensée-racine » et de la « pensée rhizomatique ». La première dite pensée-racine magnifie l’unicité, la sélection et la culture de la lignée au plan spirituel, artistique, littéraire, philosophique, scientifique… Quant à la pensée rhizomatique ou rhizomique, elle refuse d’être un objet unitaire. Elle est plutôt assimilable à une tige souterraine gorgée de racines adventives qui s’enchevêtrent de façon inextricable, extrêmement complexe. La pensée rhizomatique se veut, par conséquent, proliférante parce qu’elle se ramifie considérablement, se multiplie immodérément. DELEUZE et GUATTARI, dans la partie introductive de l’ouvrage Mille Plateaux, dégagent les trois grandes propriétés sur lesquelles repose le concept de rhizome. Ce sont : le « principe de connexion et d’hétérogénéité » impliquant la formation du rhizome par liaisons d’éléments hétérogènes sans qu’un ordre préalable assigne des places à chaque élément ; le « principe de rupture assignifiante » caractérisant une absence d’ordre, de hiérarchie entre les éléments et l’absence positive d’articulations prédéfinies ; le « principe de cartographie et de décalcomanie » rendant compte de la représentation d’un état de choses précises qu’il convient de représenter. Dongo Kouakou ADAMOU, de ce point de vue, admet que le rhizome obéit à l’indépendance et au refus d’un système qui régente les actions de façon unidirectionnelle.

C’est à l’écrivain et philosophe martiniquais Édouard Glissant que revient le mérite d’avoir déplacé le concept de rhizome de son champ initial – la pensée philosophique – à un nouveau champ épistémologique ; celui de l’identité. L’identité-racine, de fait, s’acquiert puisqu’elle est léguée par les ancêtres dans le strict respect des normes héritées d’une histoire commune singulièrement identifiable. Ce faisant, l’identité-racine est fondée sur l’appartenance ancestrale à une culture donnée spécifique localisée sur un espace géographique bien délimité. Par contre, l’identité-rhizome sort des sentiers battus. Elle se construit sans cesse, tel un procès en cours, se réalisant. Elle n’est jamais fixée en un lieu d’origine parce qu’elle se déploie dans une mobilité qui ne se rompt jamais dans la mesure où elle n’est pas fidèle à une histoire familiale précise ou à une lignée qui dicte sa pensée autocratique. Elle naît, en définitive, des relations qu’elle conçoit ou crée.

Dans le cadre de cet appel, l’on inscrit la réflexion dans une forme de modélisation combinatoire des questions de rhizome et de sémiotique tensive pour en faire un modèle conceptuel. Ainsi, de ces deux entités terminologiques émane le concept de « rhizomatique tensive » qui, pour sa compréhension, nécessite une brève élucidation de la question de tensivité en sémiotique. Développée par Julien GREIMAS, et plus tard par Jacques FONTANILLE et Claude ZILBERBERG, la tensivité se rapporte au phénomène de « schéma tensif » et rend compte d’une valeur donnée qui, par exemple, peut être liée à une quelconque matrice (amour, connaissance, guerre, paix, etc.). Ce faisant, cette valeur est arrimée à la combinaison de deux différentes « valences », encore appelées dimensions. L’une, relative à l’intensité et, l’autre, à l’extensité ou étendue. L’extensité apparaît, alors, comme une étendue à laquelle s’applique l’intensité, et, par conséquent, correspond à la quantité, à la variété, à l’étendue spatiale ou temporelle des phénomènes (Louis Hébert ; op. cit). En outre, la tensivité se présente comme un réseau et une représentation visuelle d’une structure à travers lesquels, schématiquement, l’on place les constituants des valences dans un repère orthonormé, en l’occurrence l’intensité, sur l’ordonnée du repère, et l’extensité, sur son abscisse.

La rhizomatique tensive s’entend, donc, comme un projet qui ambitionne réfléchir à la fois sur les valences qui dynamisent les identités-rhizomes. Pour ce faire, trois axes de recherche focalisent notre attention :

  • Axe 1 : La notion de rhizome : réappropriation, réadaptation et réinvention théoriques.
  • Axe 2 : Décryptage des textes littéraires (poésie, roman, théâtre…) à la lumière des identités-rhizomes et des corrélations valencielles.
  • Axe 3 : Passions, arts et cultures rhizomatiques

Bibliographie indicative 

  • ADAMOU Kouakou Dongo, « Du chaos de l’imprévisibilité au monde organisé chez Edouard Glissant : Créolisation ou les vertus du hasard », in Itinéraire Lezou, Le Graal Edition (dir), Abidjan, CRES, 2018, pp. 15-39.
  • DELEUZE Gilles, Différence et Répétition, Paris, PUF, 1968.
  • DELEUZE Gilles, Mille Plateaux, Paris, Éditions de Minuit, 1980.
  • FONTANILLE Jacques & ZIBELBERG Claude, Tension et signification, Liège, Mardaga, 1998.
  • GLISSANT Édouard, Introduction à une poétique du divers, Paris, Gallimard, 1996.
  • GLISSANT Édouard, Philosophie de la Relation, Paris, Gallimard, 2009.
  • GLISSANT Édouard, Tout-monde, Paris, Gallimard, 1997.
  • HEBERT Louis, Dispositifs pour l’analyse des textes et des images. Introduction à la Sémiotique appliquée, Limoges, PULIM, 2009.
  • Wikipédia, Rhizome (Philosophie), https://fr.wikipedia.org/wiki/rhizome_(philosophie) (consulté le 14 juillet 2022).
  • ZIBELBERG Claude, La structure tensive, suivi de Note sur la structure des paradigmes et de Sur la dualité de la poétique, Liège, Presses Universitaires de Liège, 2012.
Autres détails
  • Les articles sont à envoyer à l’adresse : grsemiotiquesci@gmail.com
  • Lancement de l’appel à contribution : 15 décembre 2026
  • Normes éditoriales : https://www.grs-ci.net/normes-editorales/
  • Date limite de réception des articles : 30 mars 2026
  • Retour d’expertise : 15 mai 2026
  • Retour des articles corrigés : 10 juin 2026
  • Publication du numéro thématique : 30 juin 2026

Frais de publication :

  • Évaluation : 15 000 FCFA
  • Publication : 40 000 FCFA après acceptation du comité scientifique
  • Contact : Armel Brice ZOH (+225 0747822529_WhatsApp)